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Valorisation du patrimoine d'Arvillard en Savoie

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Saint Hugon et la vallée du Bens à la fin du 19eme siècle

Texte extrait de « Belledonne et les Sept-Laux, montagnes d'Uriage et d'Allevard » de Henri Ferrand (1853-1926), Alexandre Gratier et Cie éditeurs, 1901.

Pages 86 à 90

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Plus sérieuse et un peu plus longue est l'excursion à la Chartreuse de Saint Hugon. Le chemin qui conduit suit d'abord à partir de la gare de la route de Pontcharra, puis, au premier croisement, il prend à droite, et laissant la voie du tramway, s'élève un peu sur les bords relevés du plateau pour passer à la Chapelle-du-Bard, village renommé pour ses eaux-de-vie de cerises sauvages, véritable kirsch embaumés qui rappellent ceux de la Forêt Noire.

De la Chapelle-du-Bard, les piétons montent à Montgarin et, franchissant un contrefort du Grand Charnier, arrivent au vieux pont du Diable, sur le Bens, et de là à Saint Hugon.

Vue d'Arvillars Les breaks contournent la montagne par Pont-de-Bens, village mixte animé par ses taillanderies, remontent au bourg populeux d'Arvillars, avant garde de la Savoie, et pénètrent dans le val forestier de Saint Hugon par une belle route qui longe la rive droite du Bens.

Après un trajet fort intéressant dans une sombre sapinière, on débouche rapidement sur la brillante clairière où s'étendait naguère la vieille Chartreuse (827 m. d'altitude). Toute description est ici superflue, car l'on sait avec quel sentiment de la nature et quel amour du pittoresque sauvage et romantique les fils de Saint-Bruno avaient choisi leurs retraites. Au milieu de ce long corridor de forêts, compris entre les contreforts des Grands Moulins au Nord et ceux du Grand Charnier au Sud, les religieux pouvaient se livrer en pais à la prière, loin du bruit des humains. On se fera une idée de l'inaccessibilité de cette gorge quand on saura qu'elle est encore le denier asile des bêtes sauvages de nos montagnes, et qu'on y tue tous les ans ou tous les deux ans quelque ours aventuré hors de son repaire.

La Chartreuse de Saint-HugonC'est en 1173 que s'emplace la fondation de ce couvent, attribué par erreur à Saint-Hugues, décédé depuis bien longtemps, et qui se rapporterait, d'après M. du Boys (Vie de Saint-Hugues), à l'épiscopat de Jean de Sassenage. Elle fut le résultat d'une donation faite à cette date aux Chartreux par Hugues d'Arvillars, sa femme, son fils et vingt autres seigneurs du voisinage. Les concessions faites aux Chartreux de Saint-Hugon leur furent confirmées en 1219 par le dauphin Guigues André, et les destinées de cette maison furent plus paisibles que celles de la maison mère. Cependant, le cloître primitif tombé en ruine fut remplacé en 1675 par une construction pls vaste et plus belle, où l'emploi du marbre comme pierre d'ornement atteste l'aisance de la communauté. Cette aisance leur permit en 1707 d'affecter une de leurs dépendances à l'hospitalité des Moniales de Prémol dépossédées par un incendie, mais elle attira l'orage et fut la cause de la destruction presque complète du couvent. Lors de la Révolution, quand les Chartreux furent obligés d'abandonner leur demeure, les habitants du voisinage s'y ruèrent au pillage, et la rage destructrice de ces vandales fut telle qu'une aile seule du bâtiment put être conservée. Restaurée depuis, elle sert d'habitation au propriétaire actuel de l'ancien domaine des moines, et les visiteurs peuvent y recevoir l'hospitalité, mais quelques pans de murs, une sorte de plan du cloître, une longue allée de charmilles et quelques beaux arbres sont tout ce qui reste de l'ancienne Chartreuse du val de Saint-Hugon.

Ruines des forges de Saint HugonEn remontant encore quelques minutes la gorge dans un décor d'un pittoresque imposant, on arrive aux ruines des anciennes usines et fonderies qui s’élevaient, rivales, sur les deux rives du Bens.

Les pâtres, les agents des forêts et les touristes qu’entraîne l'amour des hautes cimes sont les seuls humains qui pénètrent plus avant dans la vallée du Bens.

Après un parcours de plus de deux heures au travers d'une des plus opulentes forêts de nos pays, ils arrivent aux pâturages supérieurs qui forment un vaste cirque, et dont le nom de Pranouveau indique l'origine lacustre.
" Il y a manifestement ici une confusion entre le cirque des Férices (1900 m.) décrit ici et Pranouveau (Prénouveau actuellement) situé plus bas (1400 m.) "
Tout autour se dressent des géants de cette partie des Alpes dauphinoises : au fond, au dessus d'un beau glacier, source première du Bens,
" Le Bens prend, en fait, sa source dans le vallon de la Bourbière et est ensuite alimenté par des sortes de résurgences provenant du glacier du Frêne maintenant fossile. "
sont les dentelures du Grand Clocher du Frêne (2808 m.)
" Nommé maintenant Pic du Frêne "
, dont le revers opposé s'écoule en Savoie, dans la Maurienne et dans la vallée du Glandon. Au Nord les pentes abruptes du Grand Miceau et des Grands Moulins ou Roche de Saint-Hugon (2497 m.) séparés par le col de la Fraîche enserrent la combe que domine au Sud les cimes de la Grande Bourbière et du Grand Charnier. C'est un paysage grandiose et sauvage, jusqu'où devait pousser sans doute autrefois le Spaciement des Chartreux de Saint Hugon et que n'a point encore envahi le courant des promeneurs.

L'ancienne limite de la France et des États de Savoie partageait cette vallée et, descendant du Col du Frêne, sur lequel on voit encore l'ancienne borne de granit portant sculptés, d'un côté la Fleur de lys et, de l'autre la Croix de Savoie, elle suivait le cours du Bens jusqu'à son confluent avec le Bréda.
" La borne est au col de la Bourbière entre les pointes de la Bourbière et le Grand Charnier. "
Aujourd'hui, les besoins du service forestier ont tracé, sur l'une et l'autre rive, deux chemins à char qui se réunissent aux chalets de Pranouveau, et, à défaut de l'une des splendides ascensions qu'offre son cirque de montagnes, c'est une promenade trop peu connue et trop peu pratiquées que la charmante tournée du vallon de St-Hugon, montant par une rive et revenant par l'autre. Et quelle joie si l'on pouvait y découvrir une empreinte d'ours, de l'un de ces pauvres et inoffensifs ermites qui y ont leur dernière retraite !

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Un peu plus loin page 117 à 111

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Détaché de la grande chaîne à l'ample cime du Grand Clocher du Frêne, qui dut à son merveilleux panorama d'être choisie en 1822 pour l'une des stations de sa triangulation par la commission autro-sarde pour la mesure d'un arc du parallèle moyen, ce chainon, après des dentelures qui portent les noms de Grande Bourbière et de Petit Crozet, vient se terminer au dessus d'Allevard par le pic fréquenté du Grand Charnier.

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Au Nord du cirque du Bens, la haute chaîne qui s'est maintenue à l'altitude d'environ 2500 m. jusqu'au belvédère des Grands Moulins rival heureux mais peu connu du Grand Charnier s'abaisse brusquement après le col de la Perche, et s'étale aux croupes herbeuses de la Table et des montagnes d'Herbariétan.

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Henri Ferrand (1853-1926) : fils de médecin et avocat, il a consacré ses loisirs à la découverte de la montagne et à l'organisation du tourisme en Dauphiné. Membre fondateur de la section de l'Isère du Club Alpin Français puis a pris une part active à la Société des Touristes du Dauphiné. Écrivain fécond et membre de plusieurs sociétés savantes, il a écrit de nombreux ouvrages et brochures dont une collection de beaux ouvrages illustrés de photographies destinés à faire connaître les Alpes dauphinoises.
« Belledonne et les Sept-Laux, montagnes d'Uriage et d'Allevard » est disponible (libre de droits sur le site http://gallica.bnf.fr/



Voir aussi http://www.chamrousse.info/page253.html
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